Retour sur le rassemblement du 27 septembre à Caen
Les 27 et 28 septembre ont vu ATTAC, les ONG et les associations environnementalistes retourner dans la rue pour l’écologie, pour la justice sociale, pour la démocratie. Des rassemblements, des manifestations, des forums, des débats… ont été organisés dans toute la France. Les Amis de la Terre ont estimé à 40 000 les participant.e.s, dans de grandes villes ou de petits villages. Nous sommes bien loin des grandes manifestations pour le climat des années 2019 ou 2020, entraînées par les grèves scolaires promues par Greta Thunberg. Mais le grand succès de la pétition pour l’abrogation de la loi Duplomb et pour la démocratie avait déjà montré que les partisans d’un changement de cap radical pour « sauver le climat », en fait défendre les conditions de vie de l’ensemble des habitant.e.s de la planète étaient toujours aussi nombreux. Les 27 et 28 septembre étaient donc un nouveau départ. Il est encore temps de changer le cours des choses pour éviter que les dégâts auxquels le réchauffement climatique conduit ne soient synonymes de catastrophe permanente.
Nous voulions mettre en pleine lumière les combats quotidiens pour construire une autre société.
C’est ce que nous avons fait, à Caen, le 27 septembre, place Bouchard, en organisant plusieurs tables rondes où la parole était celle des acteurs des luttes : pour la défense des « biens communs » en opposition aux saccages environnementaux, pour promouvoir la renaturation des villes, pour changer radicalement les modes de déplacements en promouvant des transports collectifs gratuits, pour une alimentation conjointement organisée avec les producteurs pour s’extraire du modèle dominant de l’agriculture intensive dopée à la chimie et se tourner vers l’agriculture paysanne ; et, enfin, pour les droits humains, avec des associations intervenant au quotidien en faveur des migrant.e.s et, plus récemment, des familles privées des secours versés par le Département.
La prochaine COP qui se tient au Brésil du 10 au 21 novembre 2025 sera une nouvelle occasion de faire le point sur nos combats.
En attendant de nouvelles initiatives de mobilisation à cette date, nous rendons compte sur cette page de la journée du 27 septembre à Caen avec quelques contributions, en remerciant une fois encore les bénévoles qui l’ont préparée, les musiciens de Mazel Combo et de l’ORC qui nous ont fait le plaisir d’y participer, et les orateurs des différentes associations pour leurs prestations très appréciées.
Le 27 septembre, après la présentation de la journée par Michel Moisan d’Uni.e.s pour le climat, 3 tables rondes se sont succédées place Bouchard :
La première table, intitulée « Protéger l’environnement au bénéfice de tous », a permis d’entendre le Comité transports gratuits et les associations Biens Communs et Au pied de mon arbre.
La seconde a montré qu’ « Une autre agriculture est possible » avec la Confédération paysanne et la Caisse commune de l’alimentation du Calvados,
La troisième, « Pour le respect des droits humains », a permis d’écouter la Cimade et l’ASTI, deux associations de défense des droits des exilés.
Vous retrouverez prochainement sur le site les interventions de chacune des associations locales associées à cet évènement. En attendant, vous pouvez lire ci-dessous l’intervention de Biens communs lors de cette journée du 27 septembre place Bouchard.

LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT À TRAVERS LES BIENS COMMUNS. ET INVERSEMENT…
Marie-Joëlle Redor, de l’association Biens Communs Caen la mer
Les biens communs sont des biens qui sont en principe inappropriables tels que l’air, l’eau, les océans, des biens essentiels à l’humanité toute entière. Mais la défense de ces biens communs est souvent compliquée du fait de la coexistence avec la propriété privée et bien plus encore dans le cadre d’une économie néo-libérale. On sait combien il est difficile aujourd’hui de protéger les océans contre la surpêche et les pollutions de toutes sortes.
Les biens communs ce sont aussi les biens du domaine public, c’est-à-dire des biens qui appartiennent aux personnes publiques pour servir l’intérêt commun (l’usage du public ou des services publics). Tant qu’ils sont dans le domaine public, ces biens ne peuvent pas être vendus.
Mais cette protection n’est pas totale ni éternelle. Ainsi la Ville de Caen a pu décider en 2017 de vendre la moitié de la place de la République à un promoteur pour y édifier un centre commercial dans un but paraît-il d’intérêt général : l’attractivité du centre ville ; cela supposait simplement au préalable d’en interdire l’accès au public pendant 1 an.
Initialement c’est ce projet de vente à un promoteur qui nous a mobilisés car contraire à l’intérêt général, et qui nous a conduits à créer l‘association Biens communs pour agir en justice contre les décisions de la municipalité. Nous avons donc contesté cette privatisation, malheureusement sans succès devant le juge administratif de Caen.
Parallèlement nous avons aussi attaqué l’autorisation d’abattage des arbres accordée par la Préfecture à la Ville. Et c’est finalement grâce à l’environnement que nous avons pu faire céder la municipalité sur son 1er projet de centre commercial halle gourmande.
Le code de l’environnement impose en effet de procéder à une évaluation environnementale en amont d’une opération de construction de cette nature. Cette évaluation n’avait pas été faite d’où l’annulation de l’autorisation d’abattage et par contre coup l’impossibilité de mener à bien le 1er projet. Mais là encore cette protection de l’environnement est fragile et pour plusieurs raisons :
Nos recours n‘ont pas empêché l’abattage des arbres par la mairie qui s’est contentée du jugement du Tribunal administratif en sa faveur (c’est seulement en appel que le juge de Nantes a reconnu l’illégalité de l’autorisation).
L’évaluation environnementale était obligatoire pour le 1er projet du fait de son importance, mais elle ne l’était pas forcément pour un projet plus réduit comme celui présenté en 2023.
Certes, le droit protège mieux aujourd’hui l’environnement que dans les années 50. Cette protection reste cependant fragile et notoirement insuffisante comme le montrent entre autres la loi Duplomb et la quasi toute puissance des lobbys industriels.
De son côté la notion de biens communs a encore du mal à se faire une place dans le droit précisément parce qu’elle remet en cause la logique néolibérale qui détruit l’environnement sacrifié aux seules considérations de profit, quelles qu’en soient les conséquences néfastes sur l’humanité.
Finalement, c’est la mobilisation collective et le soutien d’une grande partie de la population en désaccord avec la vente de la place et l’abattage des arbres qui ont vraiment permis de reconquérir la place de la République. Face à cette mobilisation, en effet, outre la crainte de la majorité municipale de perdre les derniers recours que nous avions intentés (contre le bail de 98 ans et le second projet de construction), c’est surtout la crainte de perdre les prochaines élections qui a conduit Aristide Olivier à renoncer à un projet qu’il avait pourtant constamment soutenu sans aucune réserve jusque là…
Il y a donc encore beaucoup à faire pour protéger les biens communs et l’environnement autrement d’ailleurs qu’en nous interdisant d’installer quelques barnums sur la place de la République sous prétexte de protéger un gazon inutile mais voulu par le maire. C’est sans doute sa manière à lui de protéger l’environnement … comme aussi de protéger les finances de la Ville en acceptant de payer un dédommagement de près d’1 million 700 000 euros au promoteur, hélas validé par le tribunal administratif de Caen le 25 septembre 2025, mettant fin ainsi à tous les recours déjà engagés.
Sans attendre 2028, date prévue par la municipalité pour le début des travaux (!), la mobilisation reste nécessaire pour une replantation cohérente de cet espace public et sa réappropriation par la population.


